Albert et le rayonnement de la communauté « Le Bon Dieu est vivant, Il est vivant dans le cœur » Albert n’était pas facile à vivre à son arrivée à l’Arche. Fils d’un exilé politique du Portugal ; son père devait professer un athéisme pur et dur. Quand nous allions prier le soir et que nous l’invitions, sa réponse était claire : « Le Bon Dieu c’est les parents, les parents sont morts alors tu comprends ?” Rien à répondre.
Un jour Albert est arrivé à l’oratoire avec son plus beau sourire. La prière terminée, j’ai demandé à Albert ce qui se passait. Alors son visage s’est éclairé comme on peut l’imaginer, il répliqua : « Le Bon Dieu est vivant, il est vivant dans le cœur » dit il avec son plus beau sourire. Alors je lui dis pour continuer : Les parents sont vivants, ils sont dans le cœur ! »
La complicité du regard d’Albert coupait court à toute insistance. Pour Albert, « oui, l’amour de Dieu est vivant, il est dans le cœur ! ». C’est une grâce de vivre en communauté. Si les soucis et les difficultés sont portés ensemble, les joies et les “résurrections” sont aussi partagées.
La grâce, la lumière et l’Amour du Christ Jésus circulent entre chacun. Albert n’était pas insensible au climat d’Amour que nous essayions de propager. Petit à petit cet Amour a fait son chemin. Un jour cet Amour a été vainqueur de beaucoup de peurs. Dans le cœur d’Albert nous pouvons expérimenter aujourd’hui son rayonnement. Albert nous a partagé par la suite, l’amour de sa maman pour N.D de Fatima. Nous pouvons penser que ses prières ont été entendues.
A la suite de Jésus, aux sources de la liberté d’aimer. L’Évangéliste Mathieu mentionne l’envoi en mission des Apôtres. (Mt 10.16-20). Mais c’est Jésus qui continue à enseigner. Il faudra attendre sa Passion et sa Résurrection pour que les disciples accomplissent effectivement leur mission (Mt.28.16-20) Jésus est toujours là, invisible Il envoie l’Esprit Saint qui nous devance, l’Amour que Jésus porte au Père est surabondant, c’est l’Amour qu’Il donnera à ses frères. Il est exprimé dans ce grand désir : J’ai désiré d’un grand désir prendre cette Pâque avec vous pour que le Père soit glorifié. Le Sauveur annonce que les enfants du Père seront glorifiés en Lui.
Jésus prendra la place de l’homme pécheur et l’introduira à nouveau vers le sein du Père. Pour cela il doit affronter le mystère d’iniquité dans ses manifestations les plus atroces. Plus tard Paul qui en a fait l’expérience nous dira : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? L’affliction, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le danger, le glaive ? » (Rm.8.35). En tout cela dira-il nous sommes vainqueurs. Partout désormais où s’exprimera la souffrance de l’humanité et à fortiori dans ce quelle a de plus obscur et de plus insupportable Jésus sera là, l’Esprit Saint nous sera donné. Nous savons qu’il ne s’agit pas que des souffrances extérieures, mais encore des souffrances intérieures. Bernadette à Nevers dira son expérience à une sœur qui lui fait remarquer combien son asthme est difficile à supporter, elle répondra : « Ma sœur ce qui est bien plus terrible encore c’est quand l’âme ne respire plus ». Dans sa foi elle crie vers son Sauveur. L’Agneau qui porte la souffrance du monde est bien là. Cette ’absence’ de Dieu lui-même pour elle, est offerte pour que les pécheurs aient la lumière. Mystère de Jésus déjà annoncé dans la première alliance. « Mon fils, disait David, que ne suis-je mort à ta place ». (2 S. 19). C’est la méditation de la vie de Jésus qui lui permet de s’exprimer ainsi. Jésus nous dira l’Amour du Père : « Dieu à tant aimé le monde qu’il a donné le Fils unique » (Jn.3, 16) Ce mystère nous est désormais manifesté. Jésus ajoutera : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père ». (Jn.14.31). C’est sur cette confiance de Jésus en son Père qui est toujours demeurée totale que nous nous appuyons. En lui toute expérience humaine même a été reprise. C’est là qu’Il nous rejoint, à cet endroit où la nuit est totale,
Il est la Lumière du monde. Nous en serons à jamais illuminés. C’est dans la Parole de Dieu reprise à notre propre compte que nous pourrons tenir bon. Nous comprenons pourquoi Mathieu situe l’envoi ’réel’ en mission après la Passion et la Résurrection de Jésus. Avant d’être ’sauveur’ avec Jésus il nous faut d’abord être sauvés. De plus, comme des pauvres, nous aurons besoin d’une main secourable. Jésus nous donne sa mère, Marie la mère de Compassion, elle, est là. Cette présence est des plus précieuse quand je me heurte au mystère d’iniquité qui sévit toujours en humanité. Quelle force peut alors être puisée là et quelle lumière nécessaire à l’heure du tourment et de l’agonie. Cette délicatesse de Jésus pour nous est si grande sagesse qu’elle nous rempli de joie. En effet c’est joie de coopérer à l’œuvre de Dieu dans le monde. Comme Jésus est porté par le Père, il est soutenu par l’Esprit Saint, il en sera de même pour les disciples de Jésus, ils seront portés par Jésus et soutenus par l’Esprit Saint. « Comme le Père m’a envoyé je vous envoie, recevez l’Esprit Saint. »
La pauvreté de Jésus sera la pauvreté de ses envoyés. Dépendre ainsi de la volonté d’un autre introduit dans une grande petitesse. C’est la condition pour que puisse exister l’Amour infini de Dieu dans le cœur des disciples, sinon, ils seront pleins d’eux-mêmes. La lettre de Paul aux Philippiens dit largement le choix de Jésus ; « Lui, de condition divine, n’a pas estimé comme une usurpation d’être égal à Dieu, s’est anéanti, prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix » (Ph.2.6). Si Jésus s’est ainsi identifié aux pauvres, la pauvreté sera la condition nouvelle pour participer à sa mission.
« Les pauvres sont évangélisés » disait Jésus aux envoyés de Jean le baptiste. S’ils sont évangélisés, ils deviennent Evangélisateurs. Nous reconnaissons que ces pauvres ne sont pas reçus ! « J’avais faim, soif, vous ne m’avez pas nourris ; j’était malade, en prison vous ne m’avez pas visité ; j’était nu, sans foyer vous ne m’avez pas reçu » (Mt.25.42..). L’épreuve des Apôtres de Jésus ne sera pas facile à accepter. Paul, dans ses lettres, en a beaucoup parlé. En résumé il dira : « nous sommes devenus la risée du monde ». Nous sommes ainsi mis devant le mystère de la pauvreté. Il y a une complicité entre les pauvres du monde et les pauvres envoyés en mission par Jésus. Mystérieusement, ils se reconnaissent. L’Esprit Saint, le Père des pauvres, fait leur unité. C’est la contemplation de Jésus dans sa Passion qui devient leur lumière. La relation de Jésus à la croix avec le bon larron est éclairante. « Ceux qui vous tueront, croiront rendre un culte à Dieu ». Mais Jésus affirme clairement que là est le vrai bonheur : Bienheureux serez-vous, Réjouissez-vous car votre récompense est grande dans les cieux.