A/ Il me fallait d’abord sortir de ma « pauvreté accablante » qui était un obstacle à la reconnaissance du Don de Dieu en moi, de ma propre personne.

Mardi 26 novembre 2024

Une actualisation, reprise de mon histoire de conversion.

"L’Ami du pauvre" est un document qui fut partagé entre un certain nombre de frères de l’Arche réunis pour partager cette question : Comment sommes nous devenus "ami des pauvres" ? Les pages qui vont suivre ne seront pas un "double" de mon cheminement à l’Arche, mais un approfondissement des grandes lignes abordées, qui leur donne un sens.

Pour devenir l’ami du pauvre qui est en moi, ce fut un long chemin qui m’a fait franchir bien des étapes.

A/ -Il me fallait d’abord sortir de ma « pauvreté accablante » qui était un obstacle à la reconnaissance du Don de Dieu en moi, de ma propre personne.

B/ -Je me suis aperçu que vouloir sortir de cette pauvreté en demeurant dans les valeurs du monde était pour moi une « illusion » dangereuse pour la recherche de mon être profond.

C/ -C’est « divinement », grâce à Jésus, que la reconnaissance de mon être de pauvre a pu se réaliser et que l’épanouissement de ma personne a pu commencer à se construire selon la Bonne Nouvelle de l’Evangile.

D/ -La vie sacramentelle et la vie en présence de Dieu est pour moi un « moyen » divin pour ressusciter avec le Christ Pauvre et vivre avec les pauvres.

A/ -Il me fallait d’abord sortir de ma « pauvreté accablante » qui était un obstacle à la reconnaissance du Don de Dieu en moi, de ma propre personne.

Mon enfance. Je suis né le 16 juillet 1940 alors que notre pays était occupé, en pleine guerre ! Ma mère qui allait me mettre au monde avait comme aide la fermière voisine ! Cette femme n’a pas lié mon cordon ombilical, j’ai fait alors une hémorragie qui aurait pu m’être fatale ! Je suis resté « rachitique » longtemps et je peux comprendre pourquoi je suis marqué par la « survie ». Mes parents étaient propriétaire d’une petite ferme dans les montagnes vosgiennes, un peu en dehors de la bourgade de Trougemont, dans la commune de Basse sur le Rupt. Nous étions cinq enfants. Mon père Robert travaillait à la ferme, ma mère Marguerite travaillait à l’usine du village comme tisserande. Mon frère ainé Paul a travaillé très tôt comme granitier et mes deux sœurs ainées Yvonne et Lucienne travaillaient à 14 ans dans l’usine de textile avec maman. Je suis le quatrième enfant de la famille avec après moi, une petite sœur nommée Annette. Que dire de ma petite enfance ? Il me faut parler des privations, de la peur et de l’angoisse ! Nous vivions dans la cave dans la crainte des bombes et des inquisitions car nous avions caché des soldats marocains dans le grenier de la ferme. Je passe sur quelques souvenirs précoces pour me situer vers l’âge de 5 ans. Il nous fallait sortir des ruines laissées par la guerre ! Il n’est pas facile d’apprécier ce qui m’a « marqué » le plus dans ma vie d’enfant ! Comment discerner les effets des violences que j’ai subies et dont je n’ai pas toujours la mémoire ?

Mon père était un homme « maladif » qu’il ne fallait pas contrarier sinon il devenait violent, surtout quand il avait bu un verre de vin ! Quelles traces laissent en moi ces longues soirées d’attente quand il rentrait vers 24h du soir ? Nous étions ensemble avec ma mère et mes sœurs et nous avions réellement peur de lui quand il rentrait, souvent ivre. Je me souviens d’un soir ou ma mère me plaça dans leur lit car elle ne voulant pas y être et croyait que mon père pourrait s’endormir très vite. J’étais le seul qui pouvait être à cette place car mes sœurs étaient plus âgées que moi ! J’ai encore le souvenir de son « approche » quand il croyait que c’était ma mère qui était à côté de lui, je devais avoir 7/8 ans ! J’ai sur le front les cicatrices causées par les sabots que j’ai reçu en pleine nuit, ils étaient destinés à ma mère par mon père qui était ivre. Lors de ces bagarres de la nuit autour de la maison nous essayions de nous cacher avec notre mère. Je m’interposais entre eux quand c’était devenu trop difficile pour ma mère. Je crois que toutes ces violences restent marquées au fond de moi !

Si j’étais dans la cour de récréation de l’école que traversait la route et que je le voyais arriver sur son vélo pour aller au « commerce » acheter un litre de vin, je mourais de honte. J’aurais aimé me cacher dans un trou de souris ! Mon père jouait de l’accordéon dans les fêtes pour amuser les gens. Là encore je sentais son ambivalence que je n’aimais pas. J’étais très agile pour disparaître vite quand il voulait me frapper, mais par derrière et de manière très sournoise les coups redoublaient quand j’étais sous sa main ! Quel traumatisme va provoquer en moi le désir de suicide de ma mère quand elle déclarait ne plus pouvoir vivre ces violences et qu’elle veut se donner la mort ? J’étais agrippé à ses jupes quand elle prenait la corde qui attachait les chèvres, la priant de ne pas faire cela ! Je me revois encore à cet endroit tirant sur la corde qu’elle tenait dans ses mains, je devais avoir 8 ans. Mon père pouvait être par ailleurs très agréable, je l’admirais quand il reparait les chaussures ou faisait des outils pour travailler. Je travaillais dur avec lui pour chercher du bois pour l’hiver. Vers l’âge de 10 ans j’ai dû être opéré d’une hernie, en effet, je dépassais la mesure de mes forces en portant de trop lourdes charges. Ma mère était très courageuse et travaillait beaucoup. Elle veillait avec mes sœurs sur la maison pour la rendre agréable. Elle était « pieuse, » je m’en suis aperçu plus tard, quand Annette me le racontait.

S’il y avait des invités à la maison, la réception se terminait presque toujours en éclats de voix et en disputes, c’était à un point tel que je redoutais toute fête qui pouvait être à la maison et ailleurs. Les rencontres familiales se terminaient toujours mal. Aujourd’hui encore j’appréhende les fêtes, sauf celles qui sont liturgiques ! Dans ces tensions familiales, mes sentiments à l’égard de mon père étaient mélangés. Nous étions « avec » notre mère pour la protéger et en même temps il fallait faire le lien avec mon père ! Je pourrais prolonger ces remarques mais à quoi bon ?

Revenir en haut