J’ai entrepris en 1974 de faire une licence de théologie à l’institut catholique de Paris, tout en travaillant. Je sentais dans ces études que l’enseignement qui était donné-là était bien différent de celui des PTP et Marie ! Je n’étais pas forcement en accord avec certaines idées qui émanaient de mai 68 ! Le PTP et le P. Marie m’aidaient à faire l’équilibre. Il me fallait seulement ne pas le manifester trop fort ! Je choisissais l’écrit comme mode de validation, je pouvais ainsi être en sécurité. C’est dans ce contexte que lors d’une confirmation à l’Arche, l’évêque Mgr. Desmazieres est entré en action dans ma vie. Nous prenions le repas ensemble au Val Fleuri et il me demandait d’où je venais et vers où j’allais. M’ayant entendu, il me demanda de lui faire un dossier avec tout cela pour l’étudier et pouvoir avancer avec moi dans mon appel. Quelques semaines après il allait à Rome en visite « ad limina ». En revenant, il était confirmé qu’il fallait faire avancer notre marche vers l’ordination sacerdotale, Marc P. et moi-même avions été retenus sur les cinq candidats présentés.
La perspective de ma vie à l’Arche se précisait et je comprenais le parcours effectué jusque-là. L’année suivante, mon programme était le suivant : J’étais au séminaire de Reims pendant une semaine aux études, je devais aller une autre semaine à Clermont en insertion pastorale et le reste du temps je demeurais à l’Arche qui demeurait ma communauté d’insertion. Le discernement au sacerdoce était opéré par le P. Poulain supérieur du séminaire, je fus ordonné diacre en juin et prêtre en sept. 1978.
Ma vie de prêtre, ⁹ Je suis donc passé du statut d’assistant à celui de prêtre de l’Arche. A la fois ce fut un bouleversement et en même temps une continuité. J’étais nommé responsable diocésain du SCEJI et aumônier à l’Arche. PTP était bien présent à Trosly, ce qui orientait mon ministère à l’Arche dans les villages de Cuise, de Pierrefonds, de Breuil, d’Attichy et aussi à Compiègne. Nous ne formions qu’une Communauté à l’époque. Comme prêtre de région et ensuite de la zone Europe du sud, j’étais bien occupé. Le contexte de l’époque était si différent de celui d’aujourd’hui !
Cette expérience m’a beaucoup appris. C’est dans la relation à Jésus et avec les autres que j’ai le plus appris sur ma pauvreté et celle des autres. La relation avec Jésus et avec les pauvres a toujours été liée pour moi. Jésus s’est fait pauvre pour me rejoindre, il me donne des pauvres pour que je puisse paisiblement accueillir ma pauvreté ! Avec les pauvres je me « sens » bien comme avec Jésus, je me sens à l’aise. Il me reste à progresser avec « l’altérité » de l’autre. Je ressens là encore ma pauvreté, mais je sens aujourd’hui en moi une plus grande ouverture et un meilleur accueil ! Là où j’avais toujours été « inadapté », face à la différence de niveau social et culturel depuis mon enfance, une porte s’ouvre grâce au Christ Jésus. Aujourd’hui, rencontrer Jésus dans le pauvre, c’est laisser André St. me rejoindre dans la pauvreté de ma personne, là où je suis en communion avec la personne de Jésus. Après la communion André me chante à l’oreille « …Gilbert mignon. » Il n’y a pas distance entre la communion avec Jésus et la communion avec André. Si je le croise dans la rue après, nous demeurons au niveau de cette communion. Rencontrer Jésus dans le pauvre, c’est rejoindre Alain R. dans sa vulnérabilité à l’hôpital. La manière dont il m’accueille me révèle alors la manière dont Jésus crucifié me regarde. Trouve-t-il en moi un réconfort qui est le fruit d’une amitié réelle ? A-t-il du bonheur à recevoir ma présence ? Dans l’angoisse de son cœur, dans le dénuement de ses moyens d’expression, quelle épaisseur de communion se vit ? Dans son dénuement, Alain me révèle la qualité de relation que j’ai avec Jésus crucifié. Rencontrer Jésus dans le pauvre, c’est accueillir Georges dans son désir d’Eucharistie. Le désir et la confiance que je lis dans son regard, l’union que je sens chez lui entre Jésus et moi prêtre qui lui donne Jésus est étonnante. En m’accueillant, j’ai conscience que Georges accueille Jésus, mais pour lui c’est très lié. Quand je lui donne la communion, en même temps que la joie d’accueillir Jésus je sens sa joie de rencontrer celui qui lui donne la communion. Dans chaque expérience, le pauvre que je rencontre est en lien avec le pauvre que je suis et avec Jésus qui nous sauve par sa pauvreté. L’expérience de Caroline est pour moi surprenante. Elle aime Maurice et se laisse aimer par lui. Dans le cadre de la vie communautaire beaucoup d’occasions sont offertes pour la manifestation de ce lien. Je vois le « travail » de Maurice dans le cœur de Caroline qui peut dans cette relation rejoindre les aspects qui sont blessés dans sa vie. Je suis conscient que j’accompagne un mystère qui me dépasse, dans cette relation. J’essaie de reconnaître, d’authentifier le travail de l’Esprit Saint qui manifeste le salut de Jésus crucifié par Maurice dans le cœur de Caroline. Seul l’Esprit Saint est le maître d’œuvre et cependant un regard de foi et de prudence est nécessaire pour que se réalise l’œuvre de Dieu par la confirmation pour avancer ou dans le silence pour attendre la lumière. C’est au « travail » de Résurrection qui s’opère dans le cœur de Caroline que je discerne le rôle mystérieux de Maurice qui ne sait pas ce qui se passe en elle mais qui bénéficie aussi de l’œuvre de Dieu.

