« L’avènement de la personne est une œuvre de la liberté. »
C’est à partir du livre d’Éric de Rus sur Edith Stein (Ad Solem) que je vais mettre des mots sur ce que je vivais alors : (« *La personne humaine en question. / **L’avènement de la personne, / ***Se déployer dans le sens de son être, / ****Le « sens affectif » et le monde des valeurs. ») : Page 79 : « L’avènement de la personne est une œuvre de la liberté. » …L’aptitude à s’ouvrir au monde des valeurs met fortement en évidence la dimension spirituelle de la personne humaine et son orientation vers la transcendance : … Comprendre autrui comme personne spirituelle cela équivaut, pour Edith Stein, à pénétrer dans le monde des valeurs qui constitue le noyau le plus intime de son être »… (R. Guilead, De la Phénoménologie à la Science de la Croix. L’itinéraire d’Edith Stein, Louvain-Paris, Nauwelaerts, 1973)…et son orientation vers la transcendance… « Il est donc clair que l’exercice des facultés de l’âme concourt à l’unification intérieure de la personne dès lors qu’elle met un être au contact des biens culturels et de cette vie impérissable véhiculée par les valeurs les plus élevées qui permettent finalement à la volonté de se déterminer pratiquement avec justesse.
(p79.) « Edith Stein dit que l’avènement de la personne est une œuvre de la liberté. Car, au final, il s’agit de se décider, « d’adopter l’attitude intérieure correcte et adéquate vis-à-vis des valeurs objectives et de faire porter ses fruits à cette attitude dans la pratique. Par conséquent, c’est la manière dont nous donnons une réponse adéquate à la valeur qui définit la vie éthique. Car la vie éthique se comprend ici comme la recherche, par notre liberté, d’une réponse adéquate à la valeur objective qui me fait face comme une donation originaire et me met en mouvement par sa requête intrinsèque, la recherche d’une conformité de ma liberté avec l’essence de la valeur qui m’est confiée, essence qui m’oblige. »
Avec la « base » humaine qui se mettait en place dans ma vie, il me fallait découvrir la dimension chrétienne de mon être, son orientation vers Dieu que je ne connaissais pas ! Je rends grâce à Dieu de s’être révélé à moi progressivement ! Je comprends que la phrase qui m’a fait « basculer » dans le choix de l’Evangile était la Parole de Dieu dans Jérémie : « Et je mettrai ma loi dans leur cœur. » Mais je ressentais ce sentiment de n’être pas à la « hauteur » des autres, j’éprouve encore aujourd’hui ce manque d’assurance qui s’est enraciné en moi ! Est-ce l’apanage des enfants battus ? Je trouve peut-être là aussi les raisons pour lesquelles j’ai besoin de répéter trois fois la même chose pour être sûr d’être compris ! Ce besoin de confirmation dans ce que je suis et dans ce que je découvre est peut-être l’expression du manque de confirmation paternel dont je souffre encore et qui s’exprime ainsi !
B/ -Je me suis aperçu que vouloir sortir de cette pauvreté en demeurant dans les valeurs du monde était pour moi une « illusion » dangereuse pour la recherche de mon être profond.
Recherche de sens.
Apres deux ans en Allemagne, je fus envoyé en mission en Algérie à Ouargla, dans le Sahara. Là, j’étais responsable de la livraison et de l’accueil des subsistances, de l’alimentation et de l’habillement. Je travaillais avec des Algériens dans un bureau militaire. Nos relations étaient très chaleureuses ! Très vite je m’aperçus du décalage entre les valeurs de ces populations locales et l’Armée française. Ces Algériens musulmans du sud, du Sahara français de l’époque, étaient très religieux. Des membres de leur famille était mortes au combat pour la France dans les dernières guerres mondiales ! Face à la pratique religieuse de ces personnes musulmanes, le Christianisme, tel qu’il était vécu par les militaires du contingent, faisait piètre figure ! De plus jalousie, concurrence, rivalité étaient à l’œuvre chez beaucoup d’autres dans le cadre de l’armée. Je prenais mes distances car je ne voulais pas « jouer » un personnage. Je sentais en moi le danger d’entrer dans des « sentiments » de domination, de recherche de plaisir et de supériorité qui se vivaient en quelques militaires. Ne voulant pas me trouver dans cette situation d’ambigüité, je devais faire un choix. Mon intérêt était ailleurs : réussir ma vie malgré toutes mes lacunes au plan intellectuel et social.
J’étais apprécié par mon entourage mais je gardais souvent le silence, n’étant pas sûr que je doive me dévoiler. Je vivais à l’extérieur de moi-même, je ne connaissais pas l’intérieur vers lequel j’allais me diriger. En fait, le rôle que je jouais à l’armée comme sous-officier, la perspective de l’école d’officier, me donnait une reconnaissance qui pouvait devenir trompeuse, car ne menant pas à l’essentiel que je recherchais. En creusant cette période, je prends conscience qu’en jouant un certain rôle comme militaire, dans une vie qui n’est pas branchée sur l’essentiel, je pouvais perdre le sens même de ma pauvreté. C’était alors l’extérieur, le monde, qui prenait le dessus. Je comprenais aussi qu’une certaine « culture » pouvait être néfaste à l’approfondissement de moi, m’établir dans une extériorité sans avenir pour moi. J’étais prudent, un peu sauvage, extérieur au monde que je ne comprenais pas toujours et en même temps j’étais attentif à rejoindre ce « monde » que je connaissais mal. Je prenais conscience de la complexité à partir de laquelle chacun faisait son chemin. Je devais beaucoup travailler intellectuellement et j’espérais toujours un au-delà meilleur sans savoir ce que cela pouvait vouloir dire !
Le combat spirituel était à l’œuvre en moi dans ce désert du Sahara. Un jour, j’ai senti un vrai danger de m’enliser dans un monde qui ne me paraissait pas vrai ! Je n’avais pas les moyens intellectuels de combattre les idées ambiantes de domination et de violence. Beaucoup de militaires du contingent étaient dominés par des recherches de plaisir qui les avilissaient. Ils jouaient au « dur » et la supériorité des plus bruyants et des plus « durs » faisait autorité. Je n’avais que ma conscience et ce que je ressentais vrai dans ma vie et dans l’Evangile. Je témoignais par ma vie, mais il me fallait éviter le rejet de mes compagnons d’armes. Il aurait fallu élever le débat et dans un vrai dialogue et développer les idées de ce que je ressentais. J’aurais certes pu investir dans le domaine de l’affrontement des idées fausses, mais je préférais mettre mon énergie dans l’étude de l’Evangile qui me paraissait une vraie réponse à tous ces manques d’espérance et ces questionnements. Je pense aussi que « l’ermite » qui est en moi s’y retrouvait mieux. Je voulais être fidèle aux valeurs que je ressentais et qui demandaient un espace pour s’épanouir. Il me fallait en effet trouver une harmonie entre ce que je ressentais et les valeurs du milieu dans lequel je me trouvais.

