Jean-Paul II : Faire de l’Eglise l’école de communion, avec une spiritualité de communion

Mercredi 25 septembre 2024 — Dernier ajout vendredi 7 mars 2025

IV

TÉMOINS DE L’AMOUR

42. « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). Si nous avons vraiment contemplé le visage du Christ, chers Frères et Sœurs, nos programmes pastoraux ne pourront pas ne pas s’inspirer du « commandement nouveau » qu’il nous a donné : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34). C’est l’autre grand domaine pour lequel il faudra manifester et programmer un engagement résolu, au niveau de l’Église universelle et des Églises particulières : celui de la communion (koinonia), qui incarne et manifeste l’essence même du mystère de l’Église. La communion est le fruit et la manifestation de l’amour qui, jaillissant du cœur du Père éternel, se déverse en nous par l’Esprit que Jésus nous donne (cf. Rm 5,5), pour faire de nous tous « un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32). C’est en réalisant cette communion d’amour que l’Église se manifeste comme « sacrement », c’est-à-dire comme « le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».26

Les paroles du Seigneur à ce sujet sont trop précises pour que l’on puisse en réduire la portée. Beaucoup de choses, même dans le nouveau siècle, seront nécessaires pour le cheminement historique de l’Église ; mais si la charité (l’agapè), fait défaut, tout sera inutile. C’est l’Apôtre Paul lui-même qui le rappelle dans l’hymne à la charité : nous aurions beau parler les langues des hommes et des anges et avoir une foi « à déplacer les montagnes », s’il nous manquait la charité, tout cela serait « rien » (cf. 1 Co 13,2). La charité est vraiment le « cœur » de l’Église, comme l’avait bien pressenti sainte Thérèse de Lisieux, que j’ai voulu proclamer Docteur de l’Église justement comme experte en scientia amoris : « Je compris que l’Église avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église […]. Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout ».27 Une spiritualité de communion

43. Faire de l’Église la maison et l’école de la communion : tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes profondes du monde.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Ici aussi le discours pourrait se faire immédiatement opérationnel, mais ce serait une erreur de s’en tenir à une telle attitude. Avant de programmer des initiatives concrètes, il faut promouvoir une spiritualité de la communion, en la faisant ressortir comme principe éducatif partout où sont formés l’homme et le chrétien, où sont éduqués les ministres de l’autel, les personnes consacrées, les agents pastoraux, où se construisent les familles et les communautés. Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d’être attentif, dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme « l’un des nôtres », pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde. Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu : un « don pour moi », et pas seulement pour le frère qui l’a directement reçu. Une spiritualité de la communion, c’est enfin savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies. Ne nous faisons pas d’illusions : sans ce cheminement spirituel, les moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance.

(LETTRE APOSTOLIQUE NOVO MILLENNIO INEUNTE du PAPE JEAN-PAUL II, 6 janvier 2001 )

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