Marie, la première de ces ’tout-petits’ à qui le Père l’a révélé (Mt 11, 25) (St Jean-Paul II)

Lundi 19 juin 2023

Pendant les années de la vie cachée de Jésus dans la maison de Nazareth, la vie de Marie, elle aussi, est « cachée avec le Christ en Dieu » (cf Col 3, 3) dans la foi. En effet, la foi est un contact avec le mystère de Dieu. Constamment, quotidiennement, Marie est en contact avec le mystère ineffable de Dieu fait homme, mystère qui dépasse tout ce qui a été révélé dans l’Ancienne Alliance. Dès le moment de l’Annonciation, l’esprit de la Vierge-Mère a été introduit dans la « nouveauté » radicale de la révélation que Dieu fait de lui-même, et elle a pris conscience du mystère. Elle est la première de ces « petits » dont Jésus dira un jour : « Père, … tu as caché cela aux sages et aux intelligents et tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). En effet, « nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père » (Mt 11, 27). Comment Marie peut-elle donc « connaître le Fils » ? Elle ne le connaît certes pas comme le Père ; et pourtant elle est la première de ceux auxquels le Père « a voulu le révéler » (cf. Mt 11, 26-27 ; 1 Co 2, 11). Néanmoins si, dès le moment de l’Annonciation, le Fils, lui dont seul le Père connaît la vérité entière, lui a été révélé comme celui que le Père engendre dans l’éternel « aujourd’hui » (cf. Ps 2, 7), Marie, sa Mère, est au contact de la vérité de son Fils seulement dans la foi et par la foi ! Elle est donc bienheureuse parce qu’elle « a cru » et parce qu’elle croit chaque jour, à travers toutes les épreuves et les difficultés de la période de l’enfance de Jésus, puis au cours des années de la vie cachée à Nazareth où il « leur était soumis » (Lc 2, 51) : soumis à Marie, et à Joseph également, parce que ce dernier lui tenait lieu de père devant les hommes ; c’est pourquoi le Fils de Marie était considéré par les gens comme « le fils du charpentier » (Mt 13, 55). Toutefois, après que Jésus, âgé de douze ans, eut été retrouvé dans le temple, et que, à la question de sa mère : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? », il eut répondu : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? », l’évangéliste ajoute : « Mais eux (Joseph et Marie) ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire » (Lc 2, 48-50). Jésus avait donc conscience de ce que « seul le Père connaît le Fils » (cf. Mt 11, 27), à tel point que même celle à qui avait été révélé plus profondément le mystère de sa filiation divine, sa Mère, ne vivait dans l’intimité de ce mystère que par la foi ! Se trouvant aux côtés de son Fils, sous le même toit, et « gardant fidèlement l’union avec son Fils », elle « avançait dans son pèlerinage de foi », comme le souligne le Concile 37. Et il en fut de même au cours de la vie publique du Christ (cf. Mc 3, 21-35), de sorte que, de jour en jour, s’accomplissait en elle la bénédiction prononcée par Elisabeth à la Visitation : « Bienheureuse celle qui a cru ».

Ainsi la Mère de ce Fils, gardant la mémoire de ce qui a été dit à l’Annonciation et au cours des événements suivants, porte en elle la « nouveauté » radicale de la foi, le commencement de la Nouvelle Alliance. C’est là le commencement de l’Evangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n’est cependant pas difficile d’observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de « nuit de la foi » - pour reprendre l’expression de saint Jean de la Croix -, comme un « voile » à travers lequel il faut approcher l’Invisible et vivre dans l’intimité du mystère 36. C’est de cette manière, en effet, que Marie, pendant de nombreuses années, demeura dans l’intimité du mystère de son Fils et avança dans son itinéraire de foi, au fur et à mesure que Jésus « croissait en sagesse … et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). La prédilection que Dieu avait pour lui se manifestait toujours plus aux yeux des hommes. La première des créatures humaines admises à la découverte du Christ fut Marie qui vivait avec Joseph dans la même maison à Nazareth.

(St Jean-Paul II, dans : LETTRE ENCYCLIQUE REDEMPTORIS MATER, n° 17, 25 mars 1987)

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